Présentation du moa

Présentation du moa
non non j'vou rassure, j sui pa narcissik du tt lol
pr ceux ki voudré kan même en savoir un peu plus, valla :

nom : Ann
âge : 17
patlin : Auxonne
pseudos : Acoby, Angie, KV, Pirate Duk, Chloé, Karen, Chou, USA Girl...
aime : la lecture, l'ordi, sortir avec des potes, écouter de la muzic, m'étendre ds le jardin (wéé chouette les taches du gazon sur les fringues blanches mdr), la danse, les MANGAS (*_*) et dessiner
déteste : rester enfermer plus de deux jours, l'orage(peu pa fr d'ordi lol), les épinards, l'hypocrisie, le mauvais sens, la jalousie etc...
qualitées : euh...naïve? ah si, parler anglais!
défauts : y'en a tellement !!! (><)
le p'tit truc qui te met en rogne : ne plus retrouver les objets que tu tenais en main il y a une seconde!
le gros truc qui te met en rogne : kon me dise pa ce kon pens de moi en face!!
tes plats préférés : patates grillées et maïs en broche (manière US) *_*
tes plats détestés : tomates champignon épinards moules >o<
tu serais un animal : un loup!
tu serais une fleur : j'sui pa calée en botanique
tu serais quelqu'un d'autre : euh...on peut se garder en option?
le mot de la fin : ... j'ai jamais été doué pour les commentaires.

# Posté le samedi 17 juin 2006 12:17

Le Complément

c'est pas le premier que j'ai écrit, mais c'est le premier que j'ai fini.
en gros, c'est l'histoire d'une fille, Chloé, qui est aussi paumée que l'est son bahut et qui rencontre un jour une créature bizarre au nom de Deamons. celui-ci lui fait une étrange proposition...
suspense suspense! si vous vouez voir la suite, ben commencez à lire le premier chapitre en bas lol

# Posté le samedi 17 juin 2006 12:22

Le Complément - chapitre 1

1.

« Ma vie est terriblement banale... »
Ce sont les premiers mots que j'écris sur le nouveau journal intime flambant neuf sorti tout juste de l'emballage plastique que ma mère m'a tendu en rentrant des courses. C'est en fait un simple cahier de cours à la couverture jaune moutarde bariolée de vert d'une marque que je ne connais pas ou que je n'avais pas encore remarquée. Allongée sur le ventre sur mon lit, éclairée par ma lampe de chevet, je lève la plume de mon stylo plume bleu à hauteur de mes yeux et relis les cinq mots que je viens d'écrire.
« Ma vie est terriblement banale. »
Je les répète à voix basse, je les murmure, je les souligne. C'est vrai que ma vie est banale. Chaque matin, je me lève tout en sachant que ce sera une journée comme les autres.
« ...je m'appelle Chloé Misste, comme "the clue missed, l'indice manqué". Je suis depuis un an au lycée et j'ai eu mes quinze ans il y a quelques jours. J'ai les yeux gris vert, les cheveux moyennement courts – ils m'arrivent aux épaules, châtains très clair, mais ce n'est pas ma couleur naturelle. Vers la fin du collège, j'ai été chez un coiffeur pour me faire des mèches blondes parce que j'en avais marre de ma couleur brune. Ca été une surprise pour tout le monde, puisque je m'étais jurée quelques années plus tôt ne jamais y toucher. On dit quelquefois que je ressemble à ma mère, d'autres à mon père, pour les rares qui l'ont vu plus de quelques minutes. Je pense que je tiens de maman, surtout au niveau du visage. Mais niveau caractère, je suis plutôt passive et timide. Même si je n'aime pas qu'on me marche sur les pieds. Ça m'a crée quelques problèmes d'ailleurs au collège, parce que j'ai failli me battre avec un garçon qui se foutait de moi...au lycée, ça se passe mieux je trouve. Y'a beaucoup moins de tensions, parce qu'on est un peu plus libre : les fumeurs ont leurs places, on peut se promener dans la ville pendant les récrées...c'est assez cool.
On a déménagé de notre vieille maison pour emménager dans un appartement en plein centre-ville avec mon beau-père, ma mère, ma s½ur et moi...autrefois, on vivait aux USA, avec mon père. C'est de lui que je tiens mon nom. Mais Maman l'a changé.
»
Les coups de la pendule de la cuisine retentissent. Douze. Pour vérification, je détache mon regard des pages encore vierges pour m'accrocher à mon réveil. J'aime bien mon réveil : il ressemble à un ½uf mauve foncé plat du coté cadran ; et les aiguilles et chiffres sont phosphorescents la nuit. Ma grand-mère maternelle me l'avait acheté quand je m'étais plainte que je ne voyait pas bien le reflet de celui de ma s½ur dans l'armoire à glace en face de nos deux lits. Il est effectivement minuit. Enfin, minuit deux. Dire que j'avais promis d'éteindre à dix heures.
Je n'ai pourtant pas sommeil. Pas du tout.
Je me glisse cependant sous ma couette orange vif sans attendre : si jamais on surprend de la lumière dans ma chambre, ça va barder.
Changer de maison n'est pas si mal finalement. Quand je dis changer, c'est un bien grand mot : on a même pas bougé d'un kilomètre. De la périphérie, on passe en ville. Quelle métamorphose ! On reste dans cette maudite Diagonale du Vide de la France, dans un endroit pas tout à fait isolé, mais pas bien peuplé non plus. C'est à en pleurer de désespoir.
Quand on y repense : j'ai ma propre chambre maintenant. Elle est peut-être un peu petite, mais c'est bel et bien la mienne. Pas de Castafiore pour me grogner qu'il faut éteindre, pas de plaintes la nuit, pas de partage des meubles, pas de "c'est toi qui l'as sorti, c'est toi qui ranges !"...c'est presque un paradis.
La Castafiore, c'est comme ça que je surnomme ma petite s½ur. Elle est encore en primaire, mais c'est une vraie plaie. Blonde, les yeux bleus et une taille squelettique, elle se croit, malheureusement pour nous, reine de la chanson. Je dis malheureusement, parce qu'elle chante tout le temps, et pas toujours juste. Vous voyez ce que je veux dire ?
Avant, elle s'égosillait quand elle le voulait, critiquant la "musique de sauvage" que j'écoute à longueur de journée. Ce n'est pas de ma faute si j'aime le rock et le métal ; comme toutes mes copines. Maintenant, même si je ne met pas la musique aussi fort que je le voudrais, elle me fiche la paix.
Je soupirais, abandonnant mes pensées. Ce n'est pas tout, il faut que je dorme ! Il est bientôt une heure et ça risque d'être dur demain.

Les rideaux s'ouvrent en même temps que la musique de la radio s'allume : ma mère est encore entrée me réveiller alors que j'avais programmé l'heure de la mise en route sur ma chaîne Hi-Fi. Elle a encore cette manie...mais c'est vrai que la dernière fois, j'ai faillit arriver en retard parce qu'il y avait eu cette fichue coupure de courant pendant la nuit et tout avait été déréglé.
« Tu as encore cinq bonnes minutes, me dit-elle de sa voix tendre.
- Mouais », je marmonne en me frottant les yeux d'un air résigné.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression de toujours être de mauvaise humeur le matin, surtout avec la famille. Peut-être que ça me gonfle de tout le temps les voir – je plaisante bien entendu.
Ma chambre, quand je co-habitais avec ma s½ur, ressemblait à un pêle-mêle pas possible : des vêtements, des jeux, des cartes...il y avait de tout et partout. On n'osait même plus faire rentrer les copines à cause du bazar. Mais maintenant...
Peut-être ai-je été traumatisée par ce détail, ou bien j'ai décidé de devenir ordonnée car MA chambre est, depuis l'aménagement, impeccable.
Les murs de papier peint bleu clair s'accordent à merveille avec la boule japonaise orange qui entoure mon ampoule au plafond et les épais rideaux violets qui me servent de protège soleil le matin. Placardés un peu partout, des dessins, croquis, et autres "gribouillis" de ce genre occupent de plus en plus d'espace, rivalisant avec les posters de la tête de mes mangas préférés et des animaux. Il paraît que j'ai toujours eu un bon coup de crayon.
Je repousse avec mes pieds mes couvertures et m'étire à la manière d'un chat, sur le dos. En me levant, je ressens les courbatures dans mes jambes de la veille : en sport, les deux dernières heures, nous avons eu droit à de la course d'orientation. Tant pis pour la neige qui tombait ! Tant pis pour le sol boueux ! Tant pis pour les filles de ma classe qui n'avaient pas rapportés de chaussures de rechange ! Le prof a été implacable et sans pitié.
Je souris néanmoins en me souvenant du principal incident dans le trinôme dans lequel je faisais partie : une des filles avait voulu traverser un champ boueux et y avait laissé une de ses basket. Sa chaussette, qu'elle avait eu le malheur de poser, s'était immédiatement imbibée et d'eau et de terre. En voulant dégager sa chaussure coincée, elle était tombée en arrière...En gros, c'était un désastre, surtout avec la note qu'on s'était tapées après cette perte de temps ; mais on s'était amusées comme des folles.
J'attrape au vol mes vêtements préparés avec soin et file dans la salle de bains : dès que je me lève, je dois prendre une douche ; c'est un rituel incessant, mais c'est comme ça.
Habillée, petit déjeuner pris, il n'est que huit heures. Le Lycée n'est qu'à cinq minutes à pied, je m'étends sur mon lit et somnole. Ma nuit n'a été qu'une suite de réveils inattendus : les éboueurs à quarte, le chat du voisin, Pipo, quinze minutes plus tard... ça n'a pas été de tout repos. Mon portable vibre dans la poche de mon jean : c'est le réveil.
« Un peu tard mon vieux », murmurais-je en le stoppant.
Force est de constater que les cours ont déjà commencé...

« Toi, tu les feras toutes ! »
Barbara, une de mes amies, éclate de rire après que je leur ai raconté mon entrée en fanfare. Je ne la connais que depuis le début de l'année – c'est une copine qui me l'a présentée, mais je sais déjà qu'avec elle, on n'arrête pas de plaisanter.
Réunis sous les escaliers menant au premier, la bande que nous sommes papote joyeusement ; c'est ici notre point de rendez-vous, nulle part ailleurs. Le préau pourra toujours nous paraître volumineux, avec ses tables et chaises, on squatte continuellement à chaque pause.
« T'as pas eu de chance, fit Line, une fille aux yeux fatigués en me tapotant l'épaule. On commence avec un contrôle et tu es responsable des cahiers d'appels. Avec le bureau fermé...on comprend que tu te sois plantée. »
Effectivement, j'avais complètement oublié cette interrogation en première heure...ainsi que ma charge qui commençait aujourd'hui. L'un des rares inconvénients d'être en milieu de liste.
« Je me suis endormie, répétais-je pour la unième fois, les joues écarlates. Ça arrive à tout le monde non ?
- 'te fâches pas Chloé, on a compris.
- Je ne suis pas énervée ! » protestais-je.
Elles éclatent de rire. C'est si facile de me faire rougir en ce moment...Un compliment, une remarque ; mais jamais quand je suis essoufflée après un effort physique.
Soudainement, me désintéressant lentement de la conversation qui ne devient plus qu'un fouillis de paroles inaudibles, je remarque à l'autre bout du préau celle que je considère comme une divinité : Marie.
De taille moyenne, les yeux bruns et cheveux noirs, c'est une adolescente comme les autres ; elle a ses qualités et défauts, ses ennuis, ses plaisirs...et un style totalement incohérent pour moi : une écharpe jaune transparente enlace son cou supportant un collier type Brésil hérissé de piques, et ses vêtements sont souvent excentriques à mon goût, très larges ou serrés, ça dépend des jours. Elle est aussi extrêmement maigre. Il faut dire que je la croyais anorexique au départ. Pour comprendre mon admiration cependant, il faut venir à la salle de danse située derrière une maison de retraite les mercredis après-midi jeudi soir. C'est l'entrée dans le monde musical et chorégraphique de Tina Amati, notre professeur bien-aimé...
« Chloé tu dors ? »
Nessie, l'intello du groupe, vient de me réveiller. On la surnomme ainsi parce que elle est très douée en perles de rocailles et pour la fabrication de colliers. Comme collier se dit "Necklace" en anglais, on a pensé tout d'abord à la "dame aux perles". Mais c'était bien évidement trop long. Puis je me suis souvenue du monstre du Lockness et depuis c'est resté.
Elle répéta sa question avec un peu plus d'impatience dans la voix.
« Alors ?
- Qu'est-ce qui se passe ? » demandais-je tandis que mon esprit émergeait lentement.
Devant mon intérêt vague, elle soupire de lassitude :
« Toi vraiment...je viens juste de dire qu'un nouveau bouquin est sorti y'a pas très longtemps, et apparemment y'a des loups dedans. »
A ce mot, mon système nerveux se remet en marche, tel un mot magique issu tout droit d'une formule. Je suis dingue ces bestioles ; je les trouve si belles sur toutes les images d'Internet que je récupère...c'est d'ailleurs un sujet qui fâche à la maison : la moitié du disque dur est encombré de photographies.
« Où peut-on le trouver ?
- Librairie Books, comme d'habitude, ronchonna-t-elle à contrecoeur. Le titre c'est "Chroniques des Temps Perdus".
- Merci Nessie ! Tu sais que je t'adore...
- Oui, je te le prends ce week-end, je vais à la capitale. Mais l'argent c'est cet après-midi !
- Tu sais que je t'adore... » répondis-je en souriant.
L'horaire me décourage un peu mais en sachant que je n'ai plus de devoirs, je pourrais lui apporter chez elle sans problème.
La sonnerie stridente, presque cynique, nous rappelle que les cours aussi ne sont pas à oublier.

Après une heure et demi de français, je suis déjà épuisée : M. Gai a beau être un prof sympa, qui nous laisse très autonome, marrant – et avec qui j'ai d'assez bonnes notes, il ne lésine pas sur le travail : huit chapitres de l'½uvre à étudier sont à lire pour demain, approfondies du mieux que l'on pouvait si possible. J'ignore si cela l'est, je sais seulement que je me sens pousser des ailes : il est trois heures, et plus de cours grâce à madame Binôme, professeur de sciences physiques, qui est en stage.
« C'est bien ça, on a l'après-midi de libre ! s'exclama Line joyeusement.
- Tu l'as dit ! Que penses-tu faire ? »
La conversation débute toujours sur des idées banales : ce qui s'est passé la veille, les cours... Je me débarrasse des cahiers d'appels et attends avec elle que son père vienne la chercher. Les autres prennent le bus, ou ne sont pas dans notre classe ; il ne reste que nous deux.
« Comment ça marche avec Jackie ? me demanda-t-elle avec attention. Il a accepté de venir pendant les vacances ? »
Jackie est devenu mon correspondant américain depuis que leur péniche avait amarré près de la rivière à côté de chez moi pendant leurs vacances. Sa s½ur aînée était rentrée dans un passant dans un angle et il l'avait suivi. Comme j'étais la seule dans la rue à comprendre ce qu'ils baragouinaient, je servais d'interprète ; surtout que le passant en question n'était pas connu pour sa patience. Puis, on a fait ami-ami et gardé de bons contacts...par internet.
« Oui ! Il m'a même dit qu'il était presque sur d'être en France début juin.
- C'est génial ! Mais tu seras là au moins ?
- Je suis occupée surtout à partir du 10...il va visiter pendant ce temps. Mais il a promis qu'il serait là pour le gala le soir. Quand j'y pense, je stresse de trop...
- Je peux te comprendre je crois. »
Dans son dos, alors qu'elle me raconte une aventure similaire, j'aperçois une autre fille que je n'oserais jamais regarder directement dans les yeux, une amie de Marie se prénommant Rachel. Blonde aux yeux bleus, elle aussi, c'est une super danseuse, et ça se voit : ses jambes et ses bras semblent presque coupés pour cette discipline et malgré le handicap qu'est sa taille, plutôt basse par rapport à la plupart des jeunes de son âge, elle a un sacré sens de la répartie sur la piste.
« Et elle avait pourtant hurlé en voyant cette araignée, fait d'un ton soudain Line, me tirant de mes pensées, et je ne me suis pas réveillée pour autant.
- Moi aussi j'ai horreur des araignées, répondis-je en écoutant à moitié. Puis remarquant la voiture vermeille qui se rapprochait de nous : tiens, voilà ton père qui arrive !
- Exact. Allez, à plus tard ! »
Saluant le conducteur d'un signe bref de la main et souriant, je m'engageais dans la rue en face afin de rentrer chez moi. Cette dernière n'est bordée que d'immeubles d'habitations, mais elle débouche sur la rue principale qui traverse de part en part la ville. C'est l'un des plus grands dangers auquel je suis exposée au moins trois fois par jours. Tels des taureaux à moteurs, les voitures chargent sans répit, et traverser ce pêle-mêle de carrosserie est un vrai calvaire. Surtout lorsqu'on à l'impression qu'une voiture ralentit alors qu'elle n'a pas la moindre intention de vous céder le passage.
Une seconde de répit, je vois deux véhicules qui arrivent de chaque côté au loin. Traversant sans réfléchir davantage, je n'ai pas remarqué le vélomoteur qui sort d'un garage à deux pas et fonce sur moi. Esquivant de justesse en reculant, je finis le bout de route restant et repris mes esprits sur le trottoir en face, saine et sauve. Une automobiliste ralentit et baisse sa vitre afin de m'interroger sur un ton de reproche ce qui m'avait poussé à franchir la rue.
« Je ne l'avais pas vu ! répondis-je sur un ton plus froid que je ne l'aurais voulu.
- Mais bien sur... »
Elle ne croyait certainement pas un mot de mon excuse et redémarre en secouant la tête, l'air de se demander si les jeunes prudents existaient encore. Je m'en fichais pas mal ; et puis si un danger avait vraiment été présent, je crois que je ne l'aurais même pas remarqué. Il y a des jours où, quand je ne suis vraiment pas réveillée, il faut absolument que je me concentre sur ce que je fais, sinon, j'ai l'impression que mon esprit ne contrôle rien de mon corps. Un peu comme quand on est fatiguée en cours d'histoire. On a beau essayer de se concentrer, mais même avec la meilleure volonté du monde, les paupières se ferment toutes seules.
En rentrant, je trouve un mot accroché sur la porte : « Je suis partie me balader. Je rentre vers les six heures trente et j'ai mon portable. C. »
Ma petite s½ur était sortie ? Je me rappelle ensuite qu'elle m'avait parlé d'amis qui lui avaient proposé de jouer une partie de foot...
« C'est son problème, me dis-je tout haut. Si elle veut se casser la figure et se plaindre qu'elle a trop de bleus... »
L'appartement me paraît affreusement silencieux sans personne à l'intérieur. Pour chasser de mon esprit cette sensation de vide, j'allume la radio et monte légèrement le volume, un rien plus fort que d'habitude pour ne gêner personne. Une chanteuse dont la voix ne me dit pas grand-chose démarre en fanfare sur un rythme d'enfer ses paroles troublantes :
« Time to die!!! It's time to show everybody who you are!!! Swallow your tears and go out...No time to cry!!! Revolutions starts with glory and finish in blood... »
« Encore des conneries ! m'écriais-je sans le vouloir. Comment des gens peuvent-ils écouter des âneries pareilles ! »
Furieuse d'être tombée sur cette fréquence, je change à l'aide de ma télécommande. La plupart des gamins de ma famille écoutent ces horreurs sans se poser la question de la traduction. Il faut dire que je comprends un peu l'anglais, ou plutôt, je le comprends assez pour interpréter au bout d'une ou deux écoutes une partie des paroles que j'entends. La musique que j'apprécie est différente ; j'ai l'impression qu'elle traduit ce que ressentent la plupart des gens qui vivent en solitaire. Pour ma part, je ne me sens pas vraiment concernée mais il est vrai que dans les moments de déprime, ce n'est pas si mal d'entendre la même douleur chez les autres.
Quatre heures sonnent. Je me décide sans grand enthousiasme à ouvrir mon livre de maths afin de terminer l'exercice vectoriel commencé en classe. Je sais que ce n'est pourtant pas difficile mais comprenant la motivation qui m'anime, je sais que tout sera bâclé. J'espère simplement que personne n'aura fait la même bêtise que moi et que mon cahier sera le seul à garder les résultats faux que j'y ai inscrit.

En sortant du bâtiment principal avec mon vélo, je vérifie que la voie est libre : je ne voudrais pas qu'on sache que j'habite en ville. Simple règle de tranquillité, ou d'idiotie égoïste. La maison de Nessie n'est pas à deux pas, mais j'y suis en quelques minutes. Le temps de déposer l'argent, je n'attends pas qu'elle me voie et déguerpis en pédalant de plus belle : il commence à pleuvoir et même si le temps ne me dérange pas, la route devient glissante. Je croise de face sur la route de campagne que j'emprunte deux élèves de ma classe qui traînent dehors, pas très pressées d'aller se mettre à l'abri. Je leur souris timidement en guise de salut et m'engage bien à droite. Elles ont compris et s'écartent.
De retour sur le goudron, je fais une queue-de-poisson au conducteur devant moi et dérape en tournant dans ma rue. Je contrôle de justesse en serrant les freins desquels s'échappent un "iiik" infernal.
Serrant les dents de honte, je me précipite à l'intérieur en claquant involontairement la porte, de très mauvaise humeur soudainement. Un groupe de filles était sur le trottoir en face et ricanaient de mon manque d'adresse au deux roues. Parmi elles, Marie.

« Qu'est-ce qui t'arrives Chloé ? Tu fais n'importe quoi aujourd'hui ! »
Ma petite s½ur me tire de mes pensées en un clin d'½il : debout sur le seuil de ma chambre, elle tient dans une main une feuille blanche et son cahier de maths de l'autre et me regarde essuyer la flaque d'eau que je viens de renverser d'une bouteille.
« Un DM encore ! lui lançais-je froidement, alors que je cache vite fait sous mon lit des feuilles de dessin dont je m'occupais quelques minutes auparavant de ma bêtise – elle est capable de ma.
- S'il te plait !!! J'ai rien compris !!! me supplia-t-elle.
- Tu ne comprends jamais ! C'est pas de ma faute si tu ne lis pas les consignes ! »
Son air résigné se transforme en buté :
« Tu expliques mal, c'est pas de ma faute non plus...
- Il est quelle heure ? coupais-je, irritée.
- Oh non ! Ne me fais pas ce coup-là ! C'est pour demain...
- Il fallait t'y prendre plus tôt. Trouve une autre victime que moi ; je dois y aller. »
J'attrape au vol un vieux sac de sport et m'apprête à quitter l'appartement.
« Bon courage quand même », me sortit-elle alors que j'ouvre la porte d'entrée.
Marmonnant un "mouais" peu persuasif, je pars sans me retourner, la conscience quelque peu perturbée. Les cours de danse ne commencent que dans un quart d'heure, mais je n'ai pas l'intention d'arriver en retard. J'ai horreur d'être en retard. Surtout pour la danse.

La porte s'ouvre en grinçant tandis que des voix dans le vestiaire viennent me tinter dans les oreilles.
« Hier il n'était pas tellement en forme...fit celle de Marie.
- C'est bien dommage, tu lui as bien dit que... »
Je respire profondément et pousse la barrière de bois qui me sépare des autres ; je sais bien que tout le monde se fiche pas mal de mon arrivée mais je lâche un "bonjour" presque déserté de bonne humeur. Elles me répondent par un hochement de tête, une salutation, ou m'ignorent simplement. Que demander de plus ? Ce soir, je serais à nouveau Chloé, la fille solitaire, tout le temps seule dans son coin. Cela ne me dérange pas plus que ça, et elles ne s'inquiètent pas. De toute façon, au fond, c'est ma nature : quand je ne connais pas très bien, je préfère me taire et observer. Si je m'ennuie, je dessine, c'est aussi simple.
Les plus jeunes du cours précédent déambulent près de leur chaise et se changent en quatrième vitesse, trop heureuses de pouvoir échapper à un professeur apparemment de fort méchante humeur.
« Aux suivantes ! cria Mme Amati du fond de la salle. Echauffez-vous, on attaque par les danses du concours. »
Des rires fusent de la part des élèves, plongées dans l'ambiance chaleureuse. Je reste à part et squatte près d'un groupe de filles de mon âge, ni trop éloignée, ni trop proche ; de toute façon, on m'a déjà oublié.
« Il y a des absentes ici ? demanda Amati, tenant dans ses mains un épais cahier d'appel.
- Orphée et Mélanie ! répondit une adolescente avec un accent du sud. Elles ont attrapées la grippe.
- C'est l'épidémie en ce moment...commenta simplement le professeur en notant les prénoms. Où sont Rachel et Inès ?
- Elles se sont trompées de bus, elles ne viendront pas tout de suite » répondit Evangeline, une fille au look gothique.
Un hochement de tête agacé nous informe qu'elle ne les attendra pas. On est un peu en retard sur la chorégraphie et il ne nous reste que six semaines pour la connaître sur le bout des doigts. C'est le délai qu'on s'est sonné.
La sonnerie du téléphone de Tina retentit, nous laissant une minute de répit. J'en profite pour retourner dans les vestiaires une seconde, chercher ma bouteille d'eau oubliée dans mon sac. Un portable vibre dans un manteau, celui de Marie. Elle a sûrement négligé de l'emporter avec elle. Je la préviens malgré tout, avec une certaine froideur, toujours involontaire. En réponse, elle murmure un "merci" assez surpris et se précipite écouter le message.
Je retourne dans la salle, machinalement et m'appuie contre un mur en attendant le signal du départ.
La musique débute sur une batterie en pleine effervescence ; il est difficile d'y résister.
« Allez ! » crie Amati en claquant des mains.
Je m'élance sur le plancher, à ma place en première ligne, sans m'occuper de mes camarades, et surtout en obéissant du mieux que je peux aux ordres lancés par le professeur.
« Les pointes de pieds tendus ! Soyez ensemble ! TENDEZ MOI CES POINTES !!!! »
Elle n'hésite jamais à monter le volume pour se faire entendre, notre Tina. Mais c'est souvent pour une bonne cause.
« LEVEZ MOI CETTE TÊTE ! !! »
Fous rires parmi les troupes. Elle a parlé de façon modérée, pas suffisamment sèche pour être vraiment prise au sérieux ; cependant l'obéissance est de rigueur car toutes veulent progresser.
Deux minutes cinquante six s'écoulent, c'est le temps que dure la musique.
« Bien, nota Amati. Pensez à vos pointes de pieds et au regard. Pendant le spectacle de fin d'année, si il y an a une seule qui se goure, elle aura de mes nouvelles. On fait "Grâce" puis "Tango". On continuera la suite après. »
Je n'ai rien à réviser et les chorégraphies ne sont pas miennes, j'en profite pour m'asseoir dans un angle, contre le miroir mural. Voir danser les filles d'un niveau si élevé me rassure, j'ignore pourquoi. Blottie dans mes rêves, je me laisse emporter par une vague de fatigue.
Soudain une étincelle se produit devant mes yeux et je tourne brusquement la tête : un animal rouge vif aux longues oreilles, pas plus gros qu'un lapin nain, me dévisage à travers la vitre de la fenêtre en face. Je le regarde à mon tour, un peu surprise, mais n'en laisse rien paraître. Le temps de cligner des yeux, il a disparu.
« Chloé ! appela Inès, une fille à l'allure class aux yeux et cheveux bruns, qui vient d'arriver. On revoit "Ghost" ensemble. Tu viens ? »
Perdue dans des pensées virevoltantes, je me lève machinalement, à moitié endormie, sans remarquer le visage inquiet de celle qui venait de m'interpeller.

« On continuera mercredi prochain ! cria Tina alors que nous sortions épuisées de la salle de torture. Bon week-end ! »
Pressées de partir, les filles se précipitent sur la porte sans ménagement. Je me dirige vers les bâtiments d'habitation où un banc en pierre m'attend. J'y pose mon sac mais reste debout, je n'ai pas envie de m'asseoir.
Un "ikk" grossier, me rappelant ironiquement ma prestation à vélo, me fait sursauter. La créature étrange apparaît sous des brindilles d'herbes.
« Salut toi ! lui lançais-je gentiment. Tu sais que t'es un peu bizarre comme bestiole ? »
C'est une habitude chez moi de parler à toute chose, vivante ou non, même si je sais d'avance qu'ils ne me répondront jamais. En cinquième, en plein cours de maths, je m'étais mis à monologuer avec mon stylo plume et lui racontais tout ce qui me passait par la tête. Ma voisine de table m'avait demandé en sortant si je me sentais bien.
L'animal me dévisagea avec un air moqueur. Je m'accroupis vers lui afin de mieux le contempler : entièrement couvert de poils écarlates sur le corps, son buste était pourtant parsemé de longues touffes jaunes qui allait à merveille avec ses yeux mordorés. D'interminables oreilles rouges surplombaient sa tête légèrement bombée, semblable à celle d'un oiseau, le museau se finissant en pointe. Des crins vermeils partant de l'arrière de son crâne me donnaient l'impression qu'il portait une perruque.
Alors que j'avançais doucement la main afin de voir s'il était craintif, il pencha sa tête en poussant une sorte de glapissement étrange, qui ressemblait surtout à l'ouverture d'une cocotte-minute bien chaude, et fermant les yeux avec délice.
« Qu'est-ce que tu fabriques ? » fit une voix dans mon dos.
Je me retournais soudainement et restais stupéfaite : Marie, derrière moi, qui me parle.
« Euh...balbutiais-je. Il y avait un animal...
- Vraiment ? »
Un coup d'½il permet de confirmer ma crainte soudaine : la créature a disparu.
« Il a dû partir, je fais, mal-à-l'aise.
- ...oui certainement. »
Mon portable qui vibre soudainement me permet de m'esquiver en vitesse de cette situation.
« Oui allo ? »
Ma mère au téléphone, elle ne pourra pas venir me chercher ce soir. Je hausse les épaules de dépit en coupant la communication. Une voiture verte arrive au loin avec un bruit de moteur qui laisse à désirer.
« Ah, c'est mon père, annonça Marie en empoignant son sac. Salut. »
Je répondis en hochant le visage et m'apprêta à partir à mon tour.
« Tu veux qu'on te ramène ? me demanda-t-elle en arrivant à la portière.
- Non, ce n'est pas la peine, merci. »
Elle sourit et actionna la poignée. Je commençais à pivoter pour repartir lorsqu'un détail me fit retourner : un lézard pointe sa tête sur le siège arrière en sortant sa langue énorme de la taille d'un bras.
« Il est gros ! » murmurais-je, étonnée.
Marie fit volte-face, me dévisageant avec une certaine surprise.
« De quoi tu parles ? me demanda-t-elle.
- Rien, rien. »
Le reptile avait disparu de la banquette. Ou j'étais en proie à des illusions, ou c'était l'invasion des extra-terrestres.
L'esprit encore plus brouillé, je remonte la rue avec un air abasourdi sans savoir que les évènements allaient prendre une tournure beaucoup plus bizarre que je ne l'aurais jamais crue.

# Posté le samedi 17 juin 2006 12:26

intermède

bon, je ne dis pas que c du gran art, mais bon... au fait, je précise que je ne sui pa aussi déprimée (mm si Chloé c moi en pire lol)

# Posté le dimanche 18 juin 2006 11:25

Modifié le lundi 19 juin 2006 04:16

Le Complément - chapitre 2

2.




Je marche dans une forêt sombre, un animal à mes côtés. Les branches et les ronces semblent vivantes et veulent nous barrer la route, mais je dois avancer. Sinon, quelque chose de terrible va arriver...Agency va...mais elle est déjà en marche.
Deamons glapit, les repoussant de sa seule voix affreusement rauque ; pourtant je ne suis pas impressionnée. Qu'est-ce que je fabrique ici ? J'ignore même où je suis...ni comment je connais le nom de ma créature...Et pourquoi j'ai besoin...? Je veux savoir pourquoi ? Qu'est-ce que je dois savoir ? De quoi je dois me rappeler ? Je ne comprends rien...ma tête me brûle affreusement tant j'ai peur, mais Deamons est là. Lui ne m'abandonnera pas encore. Mais qui est Deamons ? Qui est Agency ? Il me sont si familiers et pourtant...
Je n'y comprends rien.

Ma chaîne Hi-fi démarre sur une musique de CD que j'avais écouté la veille et j'ouvre les yeux, le corps ankylosé et trempé de sueurs. Etait-ce vraiment un rêve ? Tout avait l'air si réel...Les sensations que je ressentais semblaient plus extrêmes que sur notre terre, comme si j'avais été poussée à toucher des sentiments du bout des doigts. Tout était si fort, mon crâne était en surchauffe de la même façon qu'un ordinateur.
« C'est bizarre quand même, murmurais-je en levant ma main au niveau de mes yeux. Qui est Deamons ? »
La question me frôle à peine qu'un grattement à ma porte me fait sursauter à nouveau. Le grattement d'une patte contre le bois.
Je me levais et allais ouvrir. Un éclair rouge me passe entre les jambes et se faufile sous mes couvertures en quatrième vitesse, poursuivi par le chat des voisins.
« Pipo ! criais-je. Sors d'ici tout de suite ! »
Un miaulement furieux suivi d'un crachement de sa part me pousse à l'évacuer moi-même et l'éjecter dans le couloir sans regrets.
« Jamais dans ma chambre Pipo ! Jamais ! »
Le félin retrousse ses babines et part, la queue rabaissée, signe de déception. Non mais vraiment ! Il n'y a pas assez de souris dans le jardin comme ça !?
Je refermais ma porte et marchais en direction mon ustensile sommeiller lorsque je me rappelle soudainement ce qui m'avait décidé à faire fuir le roi du jardin de notre immeuble. La surprise m'atteignais à peine quant je découvris, sagement couché sur mon lit, la petite créature écarlate de la veille. En ce moment, depuis un certain temps plutôt, je ne m'étonne plus de rien ; je suis surprise, mais pas pétrifiée.
En me voyant arriver, elle secoua gaiement les oreilles et couina de ravissement.
« Re-salut, je lui fit en m'asseyant à son côté. Je peux savoir ce que tu fais dans ma maison ? »
L'animal se roula sur le dos, découvrant son ventre et se mit à jouer avec mon drap en l'attrapant entre ses petites pattes poilues. Une drôle de sensation m'envahit soudainement et je murmurais doucement, comme avec prudence :
« Deamons, c'est toi ? »
La créature cessa son divertissement et bondit à terre. Une minute plus tard, elle était assise en face de moi et plantait un regard interrogateur – presque humain – dans le mien.
« Qui es-tu ? demandais-je avec une certaine inquiétude. Je suis sûre que tu t'appelles Deamons...mais comment je sais tout ça ?
- Parce que tu es mon nouveau maître. »
De une, je reste sans voix parce que quelqu'un m'a parlé, alors qu'il n'a personne d'autre que moi dans cette chambre. De deux, je me rends compte que c'est l'animal qui vient de me parler.
« Par...pardon ?
- Tu es mon nouveau maître, répéta Deamons d'une voix plus ou moins alto. Tu as rêvé de moi parce que je t'ai choisi et je voulais éviter à faire les présentations. »
C'était un rêve ! pensais-je. Un rêve ! Et j'allais bientôt me réveiller !
« Tu me supposes dire des mensonges ? »
La question posée sembla me tirer d'un sommeil profond. Enfin, partiellement.
« Je crois que je vais me coucher...non je plaisante. C'est une blague ?
- Ça en a l'air ?
- Ben...je ne sais pas trop dire... »
Deamons sourit et s'apprêtait à répondre lorsqu'on frappa à la porte.
« Oui ? fis-je en guise de réponse. C'est qui ?
- Ta s½ur ! Ouvre ! »
En me retournant vers la créature dans un mouvement de panique, je remarquais un emplacement vide là où elle se tenait quelques instants plus tôt.
« J'arrive, murmurais-je sans savoir si je dormais encore ou non. J'arrive. »
Je tirais la serrure et laissa une blonde surexcitée entrer dans ma chambre.
« Pour l'anniversaire de maman, me lança-t-elle directement sans prendre le temps de me saluer, qu'est-ce que tu as préparé ? Moi, j'ai un gâteau, et des magazines en vus. On se met ensemble pour lui offrir ? »
La tête dans le gaz, je remarque à grand-peine le tatouage noir gravé dans la paume de ma main, deux courbes noires et épaisses entrelacées représentant le huit de l'infini enfourché par une ligne rouge et droite.

« Et tu ne sais pas d'où ça peut venir ? demanda Fanny, ma cousine.
- Je n'ai pas dit ça...mais j'ai trouvé un peu bizarre que ça ne parte pas, pour une décalcomanie.
- Tu l'as depuis combien de temps ?
- Hier, je crois. Peut-être moins... »
Son doux visage prit une mine inquiète. Je l'aime bien, ma petite brunette aux cheveux ondulés et aux yeux noisette. Elle est, depuis très longtemps, l'une des seules personnes auxquelles je me confie facilement. Et en qui je crois un peu trop naïvement.
« Mais c'est certainement parce que c'est récent ! m'exclamais-je. Ne t'en fais pas...il ne se voit pas tant que ça, les autres n'y verront que du feu... »
Mon ton n'admet aucune réplique. De toute façon, même si Deamons a disparu, je sais quoi lui demander lorsqu'il réapparaîtra...
« Sinon, me dit-elle, tu n'aurais pas oublié quelque chose ? Par le plus grand des hasards ? »
Je regarde autour de moi et mets mes mains dans mes poches. Mes deux mains.
« Les cahiers ! m'écriais-je presque. Mince ! »
Eh oui ! La corvée ne s'achèvera que dans deux mois ! Autant prendre son mal en patience, pensais-je en souriant sadiquement à celui qui prendrait ma place le délai passé.
Je m'éclipse hors du préau sans répondre aux questions de mes amies sur ma brusque décision de les quitter et me dirige d'un pas rapide vers le bureau des surveillants.
« T'en as pas marre de faire ces conneries ! » hurla quelqu'un derrière moi.
En me retournant, j'aperçois Marie et un autre garçon qui semblent se prendre la tête pour je–ne–sais–quelle histoire de fous. Elle a l'air d'être entre la gêne et la colère face à son compagnon. Mèches blondes décolorées parsèment sa chevelure ondulée complètement désorganisée, comme s'il ne s'était pas coiffé depuis des lustres malgré le bandeau qui lui dégage le visage. Tous les élèves regardent d'ailleurs cette scène ridicule de sens pour eux, tout comme moi.
« Tu passes tes après-midi dessus, t'as plus une minute à toi ! Comment que tu veux que je vous suive !
- Je ne suis pas toute seule, Eric ! Et puis...
- Laisse tomber, je ne rentrerais pas dans vos histoires ! Laissez tomber, ou je sens que ça va encore mal finir ! L'exemple de cette personne ne t'a pas suffi ?
- Arrêtez tous les deux...commença un pion, voulant s'interposer. Arr...»
Une claque monstrueuse fit reculer le garçon d'une dizaine de centimètres, mais ce n'était pas fini.
« Comment oses-tu ! cria-t-elle en lui jetant un regard noir. Comment... »
Elle tourna les talons et commença à partir dans la direction opposée, vers la sortie.
« Où allez-vous ! interrogea le surveillant en ayant un geste dépassé vers elle.
- Je commence à dix heures, un problème ?
- Marie attends ! »
Le fautif se mit à courir derrière elle et la rattrapa en un rien de temps. Je la vis le repousser et s'enfuir sans même le regarder. Il resta seul, comme un pieu, près de la barrière extérieur.
« Quel con ! jura-t-il. Mais quel con ! »
Quelques rires fussent de groupes aux alentours. Même moi, je souriais tristement.
En sortant du bureau, je remarque le trio Inès-Rachel-Evangeline discuter un peu plus loin, Rachel dans tous ses états : sa chevelure blonde semblait sens dessus dessous et ses yeux rougis ainsi que sa voix basse ne semblent guère masquer un déboire.
« Je ne le trouve plus... » compris-je de leurs murmures.
Sans faire plus attention, je me détournais et me précipitais vers les escaliers extérieurs en sprintant : la sonnerie résonne à nouveau et je suis au dernier étage. Autant ne pas traîner.

La porte de classe se referme juste derrière moi, je suis encore la dernière à pénétrer la classe de maths.
« Les cahiers ? interrogea Mme Denis en embrasant les élèves du regard avant de s'apercevoir que je venais de les déposer sur son bureau. Ah merci ! Bon, l'appel... »
Je gagne ma place à côté de Line sans un mot ni regard pour les visages de mes camarades qui me suivent silencieusement. En m'asseyant, je sors mon livre et tout le nécessaire et prie pour que les bavardages aux alentours se calment...
« Vous pouvez tout fermer, clame la prof en claquant le livre d'un coup sec. Interro surprise ! Et je suis très aimable. »
Grognant et rangeant mes affaires, j'aperçois un pendentif bleuté sur le sol, non loin de mon sac. Je relevais la tête, mais personne ne semblait chercher une chaînette en argent attachée à une sorte de grosse goutte d'eau virevoltante à l'intérieur d'elle-même. J'ignorais pourquoi, mais je sentais que la personne qui avait oublié son collier n'était pas de cette classe.
« Mademoiselle Misste ! aboya Denis. Qu'est-ce que vous attendez ? »
Je me rends compte que la moitié de la salle est déjà en train de gratter du papier alors que je n'ai même pas sorti de feuille. Sans un mot, je tire une copie double à gros carreaux de mon sac, lâche le pendentif discrètement à l'intérieur de celui-ci et réponds aux questions écrites sur le tableau en proférant des insultes mentalement à cette prof qui ne faisait que son boulot.

« Tu cherchais quoi sous la table ? me demanda Line après le contrôle.
- Rien, j'ai juste trouvé un bijou. »
Je lui montre l'objet sans grande conviction avec une grimace, pensant à la bulle que je vais me ramasser.
« Il est très joli...murmura-t-elle. T'as demandé à qui il appartenait ? »
Je l'observe de nouveau ; vu de près, il est vraiment très beau : une perle ressemblant à une bille aplatie s'étend à l'intérieur d'une sorte de reposoir argenté aux extrémités fines et gravées de marques sinueuses et sophistiquées. Cette bille aux couleurs variées de bleu ressemblait à de l'eau emprisonnée dans une carapace de pierre invisible.
« Non, mais personne ne semble le chercher.
- Ca m'étonnerait qu'il ne soit pas rendu compte. Tu devrais peut-être le déposer au bureau des pions.
- Ouais, peut-être... »
Je m'éloignais en direction des toilettes d'abord et m'enfermais quand une douleur insupportable me fit m'écrouler contre le mur.
« Que... »
Ma main tatouée se mit à brûler, et des cloques verdâtres, énormes, apparurent, et éclatèrent les unes à la suite des autres. Retenant un cri de douleur, je vis alors avec stupéfaction une tête écarlate sortir, déchirant ma peau, comme s'il crevait d'une poche d'air.
Deamons "naissait" dans ma paume.
Il se débattait comme dans une piscine invisible, toujours de sa taille de lapin, ses poils rouges collés, comme mouillés. Ses yeux n'exprimaient pourtant aucune peur, et il donnait du c½ur à ses mouvements brusques qui me donnaient envie de le jeter contre la porte d'un coup sec et lui écraser son adorable petite tête visqueuse.
Terminant sa sortie, il referma la peau par laquelle il était sortie et s'assied tranquillement dans le creux de ma main pour me dévisager, sans s'excuser de la douleur qu'il m'avait causée.
« Heureusement que tu n'as pas cédé à tes envies, fit-il d'un ton amusé. Comme nous sommes liés à présent, en m'écrabouillant sous ton pied, tu te ferais autant de mal.
- C'est une assurance pour être sûr que je ne te punisse pas ?
- En quelque sorte. Mon prédécesseur n'a pas pris cette précaution et n'a pas duré longtemps.
- Combien ?
- Oh ! On va dire une centaine d'années au pire. J'ai attendu d'avoir cinquante ans pour commencer.
- Tu as quel âge ? » demandais-je d'un ton peu rassuré.
Il secoua sa crinière ventrale, semblant rire aux éclats.
« Deux siècles bientôt. C'est plutôt jeune pour ma race. »
Sa race ! Est-ce qu'il y en avait plusieurs, d'espèces comme lui au moins ? Qu'est-ce qui me prenait d'abord de causer avec une bestiole comme ça ?
« Tu vis dans mon tatouage ? interrogeais-je, fatiguée de réfléchir pour émettre des suppositions.
- Bien sûr que non quelle question ! C'est le lien qui me permet de vivre à travers toi, et de te donner...
- Je ne veux rien savoir avant ce soir ! coupais-je. Là, je suis au lycée, j'ai une journée à finir avant de rentrer.
- Même connaître l'identité du propriétaire du collier ?
- Ce soir. »
Vexé, il plongea carrément dans ma main, se cachant sous le tatouage de l'infini. Il est vrai que la question qu'il avait posée m'intriguait, mais c'était le cadet de mes soucis aujourd'hui.

J'entrais en compagnie des élèves de ma classe pour une nouvelle heure de torture lorsque je vis mon prof préféré, M. Funrôle, assis au bureau, corrigeant des copies – préféré parce que j'ai entendu dire qu'il sait rire au moins. Derrière lui, sur le tableau, était écrit la formule la plus longue et compliquée que je n'aie vu dans ma carrière d'élève. Anaïs, une brune un peu rondelette, poussa une longue exclamation :
« Qu'est-ce que c'est que cette putain de formule ? C'est des maths ? »
M. Funrôle, qui n'avait pas saisi, temps de réaction, répondit par la suite avec sa voix pincée:
« Oui, en effet, ce sont des maths.
- Oué !!! eh ben je ne suis pas prête de faire scientifique moi. Déjà pour la comprendre...
- Tu as déjà du mal avec les puissances de dix, hé, répliqua ironiquement le professeur. Alors là, il est certain que tu n'y arriveras pas du premier coup. »
« Elle va se vexer !!! » ai-je pensé. « Elle va se vexer !!! »
Même pas ! Un rire étrange sortit de sa gorge tandis qu'elle semblait s'esclaffer.
« Vous êtes un drôle m'sieur. Ouais, un sacré drôle, continua-t-elle en clignant de l'½il.
- Hé, hé, répondit l'autre, indulgent. Un drôle hé ? »
Il sortit de la salle, ses copies à la main, nous abandonnant à l'heure de physique, quelle coïncidence !
Notre prof, monsieur Salpêtre, plongé dans l'ambiance, nous annonça :
« Bien, bien, bien. Je peux prendre un petit quart d'heure pour vous expliquer cette formule, mais vous devrez l'expliquer après par une intero...
- Sans façon ! s'écria la classe en ch½ur. Seul Loïc, l'intello de la classe, évidement, répondit :
- Cool ! »
Mais suite au regard noir que nous lui lançâmes, il préféra se ranger de notre côté.

Le soir arriva sans problèmes. Comme promis, en rentrant dans ma chambre, Deamons ressortit de ma paume pour s'entretenir avec moi. Curieusement, la douleur avait disparue.
« Avant toute chose ! coupais-je sans lui laisser le temps de prendre la parole. Je ne veux pas être prise pour folle par ma famille...ça te dérange de faire en sorte qu'on ne nous entende pas parler ?
- Tu me prends pour un magicien ? Mon existence n'est-elle pas suffisante pour que je reste tranquille dans un monde d'humains plus fous les uns que les autres ?
- Bon, bon, grognais-je. C'était juste une question. Alors ? Tu viens d'où et à qui appartient ce collier ? »
Voyant parfaitement qu'il m'intéressait, il bondit sur mon bureau tandis que je m'accordais une grimace en voyant des traces de pattes apparaître et s'assied droitement.
« Bon. Pour commencer, je viens d'un pays que tu ne connais pas.
- C'est-à-dire ?
- Laisse-moi continuer ! s'énerva-t-il. Comme je le disais donc, je viens d'un pays que ni toi, ni tes parents, ni les personnes concernées pas les Eléments ne connaissent.
- Les "Eléments" ?
- Je t'en parlerais tout à l'heure...donc je m'appelle Deamons et je viens d'un pays qui se trouve en parallèle avec ton monde, où la magie existe vraiment.
- Ça, je l'aurais trouvé toute seule.
- Ne m'interrompt pas ! ce pays est supposé venir en aide à la Terre, vu dans quel état elle est...et pour s'acquitter de cette tâche, on envoie sur chaque continent cinq créatures qui choisira un humain pour défendre son Elément. Je ne peux pas t'en dire plus sur mon pays, ni sur les créatures. Ce n'est pas ton rôle, et moins tu en sauras sur nous, mieux ça vaudra. »
Je l'écoutais plus ou moins. Mes pensées étaient déjà prises dans un tourbillon flou crée par la fatigue de la journée. Je m'allongeais sur mon lit, je me sentais un peu fiévreuse.
« Continue je t'écoute, lui dis-je sans grande conviction.
- Merci bien, je l'espère ! Donc, comme je disais, chaque créature choisit son humain qui possédera le pouvoir de l'Elément choisi. Je m'explique : si une créature d'eau te choisit, tu contrôleras et sera insensible à l'eau.
- Et toi tu es quoi ? Comment on est choisi ? »
La créature se balada un peu et bondit sur mes couvertures pour se rasseoir près de ma tête.
« Moi, je suis le Neutre, ou le Complément. Il existe quatre Eléments, mais si l'un d'eux faiblit pendant une certaine période, il lui faut un remplaçant. C'est ce que je suis. Pour choisir, il n'y a pas de critères particuliers. Les précédents Eléments désignent leur successeur, le plus souvent au hasard, ou par confiance. Moi, j'ai l'honneur de le choisir. Enfin toi, tu étais la seule du quartier qui puisse être assez disponible pour accomplir tes missions.
- En gros, le dernier choix...
- Si tu préfères. Je suis très direct alors ne sois pas surprise si je te blesse pas de tels propos.
- Honnêtement, je m'en fiche pas mal de tes histoires. Mais si ce que tu dis peut causer des dommages sur des vies humaines, je pense ne pas avoir le choix.
- Je préfèrerais un autre comportement.
- J'ai des devoirs. Personne ne va mourir si je me consacre une heure ou deux à mes études non ? »
Deamons préféra se taire et aller jouer avec des peluches de sa taille. Je devais finir un exposé et quelques exercices de maths – avec l'enthousiasme qui l'accompagne. Ma rédaction à recopier ne le prendrait qu'un quart d'heure tout au plus.
Lorsque je posais enfin ma plume à huit heures, je vis le petit animal endormi sous Faïer, mon berger allemand de soixante-dix centimètres. Remarquant que l'heure de fitness à laquelle je participe est entamée depuis dix bonnes minutes, je soupire de fatigue, et je me levais pour aller prendre mon dîner en pensant qu'il ne m'avait pas dit à qui appartenait le pendentif.

Le lendemain, ma journée se passa tout à fait normalement : Deamons était resté dans me chambre pour jouer malgré sa "mission", mes copines étaient d'une gaieté à toute épreuve et j'avais donné quelques bonnes réponses en cours – chose exceptionnelle vue ma timidité. La seule chose qui me gâcha mon plaisir fut lorsque je vis Rachel toujours aussi triste se cogner contre un mur, totalement inattentive à ce qui l'entourait. Son comportement me rappelait un vieux rêve qui m'avait fait frissonner pendant des heures : je me faisais écraser par un bus en traversant une rue pourtant désertée de circulation.
Ce fut Nessie qui me ramena à la réalité sous l'escalier en me mettant dans mes mains le volume des "Chroniques des Temps Perdus" que j'attendais avec tant d'impatience quelques jours auparavant. En voyant le superbe loup en couverture, je lui sautais dessus en la remerciant exagérément.
« Je t'adore Nessie !
- Houlà, j'te connais plus ma vieille ! »
Aussitôt ma cousine se met sur la liste de lecteurs. En quelques minutes, je sais dores et déjà que mon achat va passer entre quatre ou cinq mains après que je l'aie lu.
En jetant un regard circulaire, je remarque le groupe de Marie au fond du préau. Enfin, quand je parle de groupe, ce n'est que elle et une autre fille dont j'ignore le nom qui s'avance vers la sortie, un peu échauffées.
« Mais tu lui diras que je l'emmerde ! »
C'est tout ce dont j'entends de leur conversation avant qu'elles ne se tirent dehors.
« C'est elle qui a fait tout ce tapage l'autre jour, dehors ? Elle se disputait avec le frère de l'autre non ? »
C'est la radoteuse de mon groupe qui parle, a elle, rien n'échappe.
« Nowall ! appelais-je. Tu connais cette histoire ?
- Quelle histoire Nowall Mac Kidden ne connaît pas ! plaisanta Barbara en arrivant.
- Bien sûr ! Ils se disputaient parce que Eric Rame refusait d'entrer dans un groupe. Et là, Sophie, sa s½ur, lui demandait pourquoi ils avaient rompus.
- Marie sortait avec Eric ? »
La radoteuse me dévisagea, un léger sourire aux lèvres.
« Tiens donc, tu connais Marie ?
- De vue, de loin. On a échangé trois mots l'autre jour mais c'est tout. Pourquoi ?
- Non, rien. Il paraît simplement que ceux qui ont voulu s'intéresser à elle de trop près sont tous devenus amnésique. Et encore, des rumeurs circulent sur elle, tu devrais vraiment les écouter de temps en temps. Tu apprendrais beaucoup.
- Alors, lui dis-je avec un air de conspirateur. Dis-moi tout ! »
Mon amie secoua la tête avec un air cynique :
« Ce n'est pas bon de s'intéresser à quelqu'un de trop près !
- Mais comme tu ne sais pas tenir ta langue...complétais-je avec malice.
- Bien vu. Mais je ne lâcherais pas le morceau cette fois. J'ai promis à Eric de dissuader toutes ou tous ceux qui tenteraient d'infiltrer sa vie perso. Apparemment, les rumeurs ont placé Marie dans une position délicate, et il ne tenait pas à ce que ça se reproduise.
- Qui te parles de perso ? insistais-je. Si ce sont des rumeurs...tout le monde est au courant alors. Et puis tu me connais, ce n'est pas moi qui irais le répéter à qui le veut. »
Devant la traîtrise de mon argument, j'ai presque honte : après tout, c'est sa vie non ? Ce qu'elle fait entre midi et deux ne me concerne pas.
« ...mais fais comme tu veux ! » ajoutais-je calmement en répétant ma pensée.
Mon semblant d'indifférence sur sa réponse n'a pas l'air de bien fonctionner...aïe, aïe, aïe ! Ça craint ! Elle va vouloir savoir pourquoi je m'intéresse à elle...et j'ai pas tellement envie de le raconter. Surtout que c'est une affaire complètement débile.
Cependant le fait que ce ne soit que des rumeurs, donc des préjugés complètements stupides, ajouté à sa folle envie de raconter la pousse à me dévoiler tout ce qu'elle a entendu à ce propos, que ce soit de près ou de loin. Et malheureusement, tout ce dont j'en retiens de vraiment sérieux, c'est qu'elle a perdu sa mère très jeune.

« Le Pendentif ! »
Ce sont les premiers mots que je prononce la porte de ma chambre fermée. Normalement, personne n'est encore rentré, je peux m'exprimer à haute voix.
Deamons sursaute de mon apparition : il s'était fait un petit nid douillet dans lequel des morceaux de journaux et quelques coussins complètement déchiquetés se répandent sur tout le derrière de mon lit.
« Imbé...je commence à crier avant d'entendre ma s½ur rentrer.
- Eh oui, fait-il en me narguant. La famille...
- Toi, ne fais pas ton malin. A qui appartient le pendentif ? »
Ma question le prend de court. Soudain, il réplique :
« Ah cette babiole ! C'est le... »
Aussitôt ses paroles prononcées qu'il se mord la langue.
« Pardon Water ! J'ai complètement oublié !
- Tu parles à qui ? »
Deamons me regarde, stupéfait.
« Tu ne l'as pas entendu ?
- Je suis censée entendre quoi ?
- Eh ben Water ! Le dragon de l'Elément de l'eau ! Il parle tu sais.
- Ah parce que c'est un dragon ? »
La créature lève les yeux au ciel, l'air exaspéré.
« En règle générale, l'Eau est un dragon, l'Air est un oiseau, la Terre est un serpent et le Feu un lézard, mais depuis quelques années, ça varie. Ils ont chacun un nom et un caractère spécifique. En temps normal, ils se reposent sous une forme banale. Water repose dans la bille qui est retenue dans le collier que tu as posé sur le bureau TOUTE LA JOURNÉE, au SOLEIL. »
Devant mon incompréhension, il résuma en six mots :
« Les dragons n'aiment pas le soleil. »
J'entrouvris la bouche, réalisant ma bêtise...la pauvre avait dû souffrir parce que ma chambre est la plus éclairée et chauffée naturellement de toutes les pièces de l'appartement. Je me précipitais et prenais le pauvre bijou complètement réchauffé.
« Et je le mets où ?
- Dans un coin frais. Evite le congélateur, il apprécierait encore moins.
- Et tu ne pouvais pas le faire toi-même, fainéant !
- Il est trop lourd pour moi ! protesta Deamons avec fureur. Porte un dragon scellé avec ma taille, tu verras si c'est aussi léger. Au fait, pour le propriétaire, demande le lui. Moi, je suis hors circuit dans ce jeu de devinettes.
- Et comment ? Je lui parle quelle langue ? »
Il s'apprêtait à répondre quand il se rendit compte de quelque chose. D'un ton grave, il commença son petit discours mièvre qui me glaça le sang :
« Water ne te reconnaîtra pas tant qu'il ne t'aura pas regardé dans les yeux, et que son maître Elément ne lui dises qui tu es. D'ailleurs, si tu ne le rencontres pas une fois au moins, tu ne pourras jamais comprendre son langage. Petite précision : si il est séparé plus d'une semaine de son humain, l'Elément choisi perdra la vie et ses proches oublieront jusqu'à même son existence. Saufs les Eléments restants. »
Bondissant sur mon lit pour être à ma hauteur, il continua d'une voix neutre.
« Le dernier Complément que j'avais choisi a causé la perte du Feu. Cette incapable est devenue complètement folle et s'est suicidée. Ce sont les Anciens Eléments qui l'y avaient poussé. Mary s'est retrouvé seul, sans humain pour le soutenir.
- Ma...qui ?
- Mary, le Feu. Des rumeurs disent qu'il a fini par se consumer, à force de brûler de colère contre moi, et mon stupide choix. Mais il est en vie, c'est certain. Donc... »
Il se pencha vers moi, le plus sérieusement depuis que je l'avais croisé.
« Si l'Eau meurt sans retrouver son humain, sache ce qui t'attends. Je te donne une indication pour le retrouver : au bout de deux jours, il se sentira mal. Si mal qu'il pensera à mourir. Sache que si un suicidaire se ballade dans ton école, il y aura beaucoup de chance que ce soit lui. »
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# Posté le dimanche 18 juin 2006 11:42